Coaching

septembre 21, 2006

Coaching – Responsabiliser les personnes à être heureux

On a le choix de choisir notre état d’âme. Et si je donnais ce que je veux recevoir?

L’écoute généreuse transforme la personne écoutée qui se sent valorisée, importante, grandie

Ce n’est une question de temps qu’on investit mais plutôt une question de présence

L’écoute généreuse aide la personne à formuler ce qu’elle veut (ses engagements)

Questions clés: qu’est-ce que je peux faire pour toi? as-tu une requête à faire? qu’est-ce que tu attends de moi?

Coaching = responsabiliser les personnes à être heureux

Je m’engage à quoi aujourd’hui. Revoir son énoncé d’être.

Je suis responsable parce que je décide d’être responsable.

Je me déclare responsable à 100% de mes objectifs et je vais prendre les moyens, les actions et proposer des initiatives pour y arriver.

Dans sa critique se trouve aussi l’engagement qui se trouve dans l’arrière-plan. Qu’est-ce que tu veux? Y a-t-il un engagement derrière ta réflexion. Quel est le contexte? Qu’est-ce que tu vas faire, qu’es-tu prêt à faire?

Discours en bas de la ligne: Je vais essayer / Il faudrait / Je pourrais / Si c’est possible / Souci de bien paraître

Communiquer / Formuler notre position: oui ou non / contre-offre / avoir le courage de transiger, prendre la responsabilité de transiger / tenir les personnes impliquées au courant / se mettre en action

Les relations permettent la conversation des possibilités

  • Engagements
  • Écoute déjà-là validée
  • Communication/requête
  • Donner une écoute généreuse en haut de la ligne
  • déclaration
  • être responsable de son état d’âme
  • authenticité
  • reconnaissance/pardon

Autant d’outils pour générer des possibilités.

ACTION = Avenir projeté dans le présent

1. Créer votre idéal – se tenir dans l’avenir / Oser rêver

2. Indiquer ce que vous avez fait pour y arriver

3. Quelles ont été les étapes, les échéanciers.

Reconnaissance : attention à la fausse humilité. On a tendance à avoir une fausse gène et à se sentir mal à l’aise. Dites merci plutôt. En cas de manque de reconnaissance, faites la requête.

novembre 26, 2009

Ariane de Bonvoisin

Filed under: HelloTxt — Michel @ 10:19

Ariane de Bonvoisin clickariane: Let Go and Let Gratitude In http://htxt.it/SoKz

novembre 21, 2009

Character Is Our Bai

Filed under: HelloTxt — Michel @ 3:52

Character Is Our Bailout: http://htxt.it/ujyX

janvier 14, 2007

Enseigner le leadership ou former vraiment des leaders ?

Enseigner le leadership ou former vraiment des leaders ?[1][2]

Par Laurent Lapierre, titulaire[3] Chaire de leadership Pierre-Péladeau

http://www.hec.ca/pages/laurent.lapierre/

Peut-on enseigner le leadership? Si on prend le mot «enseigner» dans le sens de transmettre des connaissances, plusieurs leaders pensent que le leadership ne s’enseigne pas. Avoir des connaissances sur le sujet ne suffit pas à faire d’une personne un leader. Avoir «la tête bien pleine», pour reprendre l’expression de Montaigne, ne garantit pas qu’on saura s’y prendre pour atteindre des objectifs nouveaux, parfois audacieux, en impliquant toute une collectivité ou une société. Il faut avoir «la tête bien faite».

Le mot lui-même l’indique, le leadership est une direction qui vient de la personne. Malgré les enseignements reçus et les « théories » auxquelles on a été exposé ou auxquelles on adhère, on dirige comme on est[4], avec ses talents (dons et manques), ses qualités et ses défauts, ses forces et ses faiblesses, ses habiletés et ses maladresses personnelles. Comment développer le leadership alors ? Comment faire de la formation ?

La méthode des cas

On peut apprendre et développer son potentiel. On peut le faire toute sa vie et toutes les occasions sont bonnes : les programmes de formation, des rencontres significatives, des expériences, des lectures, des œuvres de fiction, etc. En fait, pour la personne qui veut apprendre et se développer, toutes les occasions offrent des possibilités, peuvent être et sont utilisées. Pour croître comme leader, on peut faire flèche de tout bois. Dans des programmes ou en y ayant recours soi-même, la méthode des cas est particulièrement riche sous ce rapport.

Affirmer qu’on «enseigne» par la méthode des cas révèle cependant une contradiction dans les termes, même si c’est ce que disent la plupart des professeurs qui font des «cas» la trame de leur pédagogie. Cette contradiction n’est pas innocente. Elle implique que les «élèves» et les «maîtres» qui utilisent cette méthode doivent commencer par «désapprendre» certains modes d’enseignement, comme si l’éducation ou l’acculturation scolaires leur avaient fait oublier leur véritable nature d’«apprenants naturels». C’est cette véritable nature qu’ils doivent se réapproprier.

Pratiquer la méthode des cas, c’est faire de la formation, tout comme faire la formation d’un artiste interprète, c’est l’accompagner dans une démarche rigoureuse, disciplinée, sensible, qui, au-delà de la maîtrise de techniques essentielles à la pratique, reste toujours collée à l’apprentissage visé et à la personne «apprenante». On veut amener l’«élève» à découvrir par lui-même sa propre façon de «voir», de «lire», d’«entendre», de «sentir», d’«interpréter», de «dire», de «faire», de «jouer» ou simplement d’«être», la seule façon qui lui soit proprement authentique.

Le leadership : une praxis

Le leadership est action, une praxis qui s’apprend en grande partie à l’épreuve de l’expérience, celle des autres d’abord, la sienne ensuite. Cet apprentissage se fait par l’action que l’on enrichit d’une réflexion simultanée ou à posteriori, et qui permet, à force de travail répété, de mieux l’intégrer et d’en arriver à une action toute personnelle. Bien souvent les leaders s’intéressent à la pratique des autres leaders, pour se nourrir, mais aussi pour se découvrir. Ce n’est pas par hasard qu’ils ont une grande propension à lire des biographies ou des autobiographies.

La méthode des cas dont il est question ici[5] est une approche inductive des apprentissages, basée idéalement sur l’expérience concrète et directe ou, à défaut, sur un matériel empirique et expérienciel : des situations, des simulations, des «cas»… Le postulat de base est double : on apprend en faisant soi-même et en observant l’action des autres. En fait, tout apprentissage commence inévitablement par l’observation des autres, premiers modèles, mentors, maîtres. Il peut y avoir des documents pédagogiques d’accompagnement (logiciels, diaporamas, textes de réflexion ou théoriques) dont on prend connaissance avant ou après la séance. La prépondérance de l’apprentissage est accordée à la pratique elle-même, à l’étude du phénomène, cas par cas, où l’on examine l’intelligence de l’action de ceux et celles qui y réussissent (ou qui échouent), en se faisant un devoir d’examiner ce qui se passe en réalité, dans la vraie vie, afin d’en tirer des apprentissages que l’apprenant pourra mettre à profit dans ses propres pratiques[6].

Trouver sa voie ou sa façon d’être et d’agir n’est pas simple. C’est précisément cette complexité qui a amené à l’introduction de la méthode des cas, non seulement dans les écoles de gestion, mais aussi dans plusieurs écoles de formation professionnelle, qu’elles soient universitaires ou non (droit, médecine, soins infirmiers, génie, architecture, écriture et études littéraires, mécanique automobile, etc.).

Une des difficultés de cette méthode d’apprentissage à s’imposer, voire à être reconnue dans les universités, réside dans la confusion qui existe entre «transmettre des informations ou des connaissances» et «diriger un apprentissage de façon systématique». Cette confusion est réelle, entretenue inutilement par des débats idéologiques, parce que, par expérience, nous savons tous, professeurs et étudiants, que les connaissances sont de l’apprentissage virtuel et que l’apprentissage ne se fait pas sans connaissances acquises de façon précise, explicitement ou implicitement.

On enseigne comme on est, avec ses qualités et ses défauts, ses forces et ses faiblesses, ai-je affirmé à plusieurs reprises. En me référant à mon expérience personnelle de l’apprentissage de la gestion et de la méthode des cas comme méthode de formation, à mon expérience de conseiller et de formateur de formateurs, à mon expérience de gestionnaire de compagnie théâtrale et à mon expérience à titre de fondateur et de directeur du Centre de cas HEC Montréal, je suis intimement persuadé de la validité et de l’efficacité de l’enseignement par la méthode des cas, particulièrement dans la formation au leadership.

Du point de vue du «maître»

Commençons par une vérité qu’il faut réaffirmer sans cesse : la plupart des professeurs qui résistent à l’utilisation de la méthode des cas le font tout simplement parce qu’ils n’y croient pas. Curieux de vouloir comprendre les professeurs qui résistent (et ils ont bien droit), j’ai pris du temps à reconnaître et à accepter tout le poids de cette réalité. Le fait est que cette méthode est difficile, demande d’avoir une conviction solide et des dispositions particulières. Elle exige un travail de préparation considérable de la part du professeur et des étudiants, et suppose que le professeur et les étudiants soient à l’aise avec l’idée même d’apprentissage et avec le fait qu’ils ne sont qu’indirectement en contrôle du processus. L’expérience personnelle de la méthode comme étudiant aide évidemment à en voir les bénéfices. L’apprentissage par la méthode des cas ne donne pas l’impression (ou l’illusion) d’une démarche d’apprentissage finie comme celle que l’on peut éprouver après un cours magistral, au contraire. Elle implique un processus ouvert, qui se redéfinit sans cesse et s’inscrit dans le long terme.

On peut affirmer qu’il y a probablement des professeurs et des étudiants qui ne sont pas «naturellement» faits pour la méthode des cas. La démarche scolaire traditionnelle convient très bien à ces professeurs, vraisemblablement parce qu’elle leur a convenu comme élève et comme étudiant en premier lieu. J’ai de plus souvent constaté que ces personnes ont elles-mêmes de la difficulté à connaître et à apprendre par l’action. Partant de là, elles ne peuvent évidemment pas valoriser suffisamment ce type d’acquisition de connaissances et cette voie vers l’apprentissage pour y consacrer toute l’énergie, le temps et les efforts requis. Les façons d’apprendre varient d’une personne à l’autre et la méthode des cas, qui est un substitut de la pratique et de l’expérience directe, ne peut pas être une panacée, même pour un «croyant» et un «pratiquant».

On peut cependant affirmer que lorsqu’on croit vraiment en la puissance de cette approche pédagogique, même si on en connaît les insuffisances, les limites, on sait faire confiance à l’apprenant, non seulement dans un apprentissage spécifique, mais aussi dans son «apprentissage de l’apprentissage». On sait faire confiance à ce processus d’apprentissage par l’action ou par la réflexion sur l’action et on s’en remet à la richesse d’une démarche inductive.

Cette conviction change le rôle du professeur de façon considérable. C’est précisément cela qui est profondément insécurisant. Appliquer la méthode des cas implique de résister au besoin «naturel et légitime» du professeur d’enseigner et surtout à la propension à «professer», qui est intériorisée tout au long de l’éducation reçue, et à vouloir impressionner comme professeur.

Être professeur, c’est détenir une position de pouvoir extraordinaire, qui peut séduire professeur et étudiant. S’effacer comme professeur, renoncer à faire impression n’est pas facile pour une personne qui a de la facilité à performer et à briller, surtout lorsqu’il est question de leadership. Chez les Grecs, le «pédagogue» était celui qui conduisait l’élève au maître, non celui qui enseignait.

La méthode des cas suppose la possibilité de pouvoir compter, pour un cours particulier, sur une banque de cas riche[7]. Ceux-ci doivent permettre de couvrir les principaux aspects des apprentissages visés (pour chacune des problématiques abordées lors des séances), être en mesure d’informer sur le domaine et le secteur d’activité, être intéressants sur le plan de la démarche pédagogique, c’est-à-dire constituer des documents susceptibles de susciter l’intérêt lors de la lecture et de produire une dynamique d’apprentissage d’une durée suffisante, sans compter qu’ils doivent être à jour et d’actualité. Le professeur doit aussi pouvoir compter sur une collection de textes qui contiennent des informations, des réflexions, des modèles ou des théories utiles aux apprentissages, de façon à ce que l’apprenant puisse assumer la responsabilité de les acquérir par lui-même. Il ne s’agit surtout pas de plaquer un discours théorique, abstrait, sur une réalité.

La préparation du professeur, immédiatement avant la séance d’apprentissage, est capitale. Il lui faut bien maîtriser le contenu du cas (les habiletés pédagogiques sont au service d’un apprentissage à acquérir), sinon il risque de perdre rapidement toute crédibilité. Il doit établir une démarche pédagogique précise, qu’il rendra explicite dans les notes pédagogiques du cas, se familiariser avec les outils didactiques disponibles ou qu’il juge nécessaire à son enseignement (tableau, diapositives, sites Internet…), décider de contributions d’étudiants qui pourraient être recherchées (une ouverture de discussion, une opinion individuelle, une opinion d’équipe, etc.), rester disponible à ce qui arrive pour tirer profit des hasards heureux[8], et savoir conclure et fermer la discussion[9] pour créer l’impression agréable d’avoir bouclé la boucle d’un apprentissage ou d’une ouverture vers un apprentissage.
La préparation antérieure, plus lointaine, du professeur est aussi cruciale. Elle suppose une réflexion en profondeur sur son rôle nouveau. Abandonner l’idée même d’enseigner, apprendre à faire confiance au désir d’apprendre des étudiants, à faire confiance au processus d’apprentissage par l’action ou par des substituts de l’action, à faire confiance à son matériel, apprendre à écouter (les questionnements, les découvertes, les émerveillements, les silences, l’intérêt, l’ennui…), apprendre à laisser parler, à faire parler, prendre le temps de laisser le groupe réfléchir et «s’écouter penser» comme groupe, développer des habiletés pédagogiques d’animation de façon à gagner de l’aisance et à acquérir un sentiment de compétence et accepter que ça prenne du temps, sont quelques-uns des apprentissages nécessaires à l’utilisation de la méthode des cas. Ce peut être l’histoire d’une vie.

S’il n’y a pas de préparation sérieuse et rigoureuse de la part du professeur et des étudiants, la méthode des cas est vouée à l’échec. Lorsqu’on participe à une séance de formation donnée par la méthode des cas, on ne vient pas en classe pour prendre des notes. Cela comporte un côté insécurisant pour l’étudiant et l’étudiante habitué(e) à cette façon de « suivre un cours », la tête plongée dans son cahier ou sur le clavier de son ordinateur. Contrairement à ce qu’on leur a toujours dit aux niveaux primaire, secondaire, collégial et même dans d’autres cours universitaires, on prend les notes surtout avant et après le cours. On participe à une session d’apprentissage (une sorte de happening). Le professeur doit organiser la période : orchestrer les temps, les transitions, savoir utiliser à bon escient les technologies, la logistique, etc. C. Rolland Christensen[10] disait que le professeur qui travaille avec les cas reste le régisseur, même l’appariteur qui s’occupe des aspects concrets du déroulement de la séance et du confort des participants.

L’utilisation d’outils pédagogiques comme le tableau, les diapositives, les présentations PPT et les sites Internet n’est pas une fin en soi. Elle doit se faire en souplesse, sans causer de rupture dans le processus ou créer de malaise. Le professeur doit savoir composer avec le paradoxe de la préparation et de l’improvisation et bien doser la participation et les interventions. Une séance est une montée vers un ou des apprentissages qu’il faut savoir bâtir et mener. Établir les liens avec les séances passées et les séances à venir, délimiter les espaces d’apprentissage qui restent non couverts, demeurent une des véritables habiletés de synthèse que les étudiants acquièrent par l’exemple du professeur.

Quand on ne croit pas vraiment à la méthode des cas, il y a bien des façons de se donner raison… Il y a d’abord cette attitude qui consiste à trouver la méthode des cas «facile»… et à ne pas faire ce qu’il faut pour que ça réussisse, et celle à l’inverse qui consiste à la trouver «trop difficile» et à ne même pas essayer de l’apprendre. Ne pas bien maîtriser les habiletés à acquérir parce qu’on n’en soupçonne pas la complexité, ne pas se donner des situations et un matériel d’apprentissage riches, ne pas savoir se préparer mentalement et concrètement à une démarche d’apprentissage, ne pas accorder d’importance à la forme du matériel qui est indissociable du contenu, ne pas savoir créer et entretenir l’intérêt, ne pas tenir compte des différences individuelles et des degrés différents de maturité et de motivation des apprenants, ne pas respecter le désir de certains de ne pas apprendre, etc., représentent autant de pièges qui guettent le formateur qui veut travailler avec les cas. L’apprentissage réel et patient de la méthode des cas consiste à se préparer mentalement, à s’informer auprès de collègues (aller les voir enseigner), à développer ses compétences, à oser et oser encore pour trouver des façons de faire, des trucs du métier, à produire ou rechercher un matériel pédagogique adéquat, etc.

Notons que l’utilisation de la méthode des cas n’exclut pas que l’enseignant puisse donner ponctuellement un cours magistral dans lequel il pourra communiquer des connaissances techniques ou théoriques pertinentes à certaines situations d’apprentissage de l’action.

Du point de vue de l’«apprenant»

Il y a des étudiants qui ont connu beaucoup de succès à l’école en étant exposés à une pédagogie traditionnelle. C’est heureux, mais cette même «réussite scolaire» peut parfois devenir un empêchement à apprendre par l’action. S’ils ont été gratifiés pour cette «facilité scolaire», ils ne seront pas enclins à valoriser l’apprentissage par l’action. Il m’est même arrivé de rencontrer des étudiants qui n’avaient pas idée de ce qu’était un véritable apprentissage et qui avaient l’impression que l’apprentissage était une perte de temps, ou une activité qui n’était pas de niveau universitaire.

J’ai constaté des différences notables dans les façons d’apprendre entre les étudiants de culture anglo-saxonne, à l’aise avec une démarche d’apprentissage inductive à partir d’un matériel empirique, et des étudiants de culture germanique et latine, beaucoup plus à l’aise avec une démarche d’apprentissage déductive, utilisant des concepts, des modèles, des théories et des processus qu’on applique par la suite. Par ailleurs, j’ai également constaté que, peu importe le background culturel des étudiants, si une session d’apprentissage par voie inductive, expérientielle et misant sur un matériel empirique riche est menée de façon compétente, on découvre très rapidement le même talent naturel d’apprendre par soi-même, quels que soient l’éducation, la culture ou le sexe. Quand on gratte un peu le vernis culturel, rapidement apparaît la nature humaine universelle, avec sa propension spontanée à apprendre. Dommage que l’école brime chez certains cet élan naturel.

La méthode des cas suppose que les étudiants ou les participants soient bien préparés. C’est la responsabilité première du formateur de les intéresser à investir dans l’apprentissage visé en misant sur leur tendance naturelle. Quand le matériel proposé est riche et pertinent, quand les lectures proposées sont stimulantes et éclairantes, quand la démarche d’apprentissage en classe est conduite de façon à susciter l’intérêt et la découverte, les étudiants vont se l’approprier et développer des aptitudes d’auto-apprentissage, que j’appelle « apprendre à apprendre ».

L’apprentissage du leadership et la rédaction de ses propres cas

J’ai écrit plus haut que le leadership est une direction qui vient de la personne elle-même, de l’intérieur. Chacun d’entre nous a une idée de ce qu’est le leadership et des personnes qui peuvent être qualifiées de leaders, du moins intuitivement. Par exemple, il va de soi que la communication est un élément central au leadership. Il y a là-dessus, un consensus universel. Parler est un moyen de communiquer avec les autres, un individu, un groupe, une foule, etc.; alors qu’écrire se fait seul. L’écriture est plus introspective que la parole. Même quand on écrit seulement pour soi, on est forcé d’organiser et de structurer sa pensée de façon précise et de la ciseler. L’écriture intime est particulièrement engageante et compromettante.

Plusieurs des leaders que j’ai étudiés ont eu ou ont recours à l’écriture, à un moment ou un autre de leur vie. Comme les artistes et les écrivains, ils ont des «cahiers», des lieux qui leur servent à esquisser non seulement des documents du travail mais aussi des lieux de réflexions plus personnelles et plus profondes, généralement secrètes. «Si le monde savait !», m’ont-ils souvent dit; mais le monde ne sait pas.

Dans les programmes de formation au leadership que je dirige, je demande aux participants de se compromettre. Ils ont à produire deux courts documents, en l’occurrence, deux histoires de cas. La première consiste à décrire une personne qu’il considère être personnellement un leader. Il peut s’agir d’un leader connu (Kennedy, Mao, Gandhi, Churchill, De Gaulle, Mandela, etc.) ou d’une personne non connue (patron, oncle, grand-parent, etc.). Le choix qu’ils font n’est pas innocent. Le deuxième travail consiste à se décrire eux-mêmes comme leader. Ils doivent se décrire à la troisième personne, en se donnant un autre prénom, ce qui leur permet de prendre du recul. Dans les deux cas, il s’agit de travaux courts (1 000 mots), ce qui force à aller à l’essentiel. Ces deux types d’«histoire de cas» peuvent devenir, pour ceux qui sont volontaires, le matériel à partir duquel la séance de formation est construite. Pour la personne qui a écrit un de ces «cas» et qu’on discute en sa présence, de même que pour les autres, il s’agit de happenings riches et formateurs.

Il ne faut pas craindre d’être exigeant pour la préparation des cas (réponses à des questions préparatoires, lectures de textes d’accompagnement, formulation d’une opinion remise par écrit à l’avance, première discussion préparatoire en petit groupe s’il y a lieu, etc.). Je le dis et insiste : l’expérience m’a montré que la méthode des cas ne fonctionne pas lorsque le professeur n’y croit pas suffisamment pour la rendre très intéressante et exigeante pour les étudiants. Sans cela, le professeur se place inévitablement dans une situation de rattrapage, de montrer son insatisfaction ou de faire «la morale» à ses étudiants qui ne comprennent pas… Si les étudiants connaissaient bien toutes les exigences d’un enseignement par la méthode des cas de la part d’un professeur, ils pourraient fort bien retourner vers celui-ci les reproches qu’il leur adresse.

Pour conclure

Le message de ce texte est très simple et très important. Les leaders ne courent pas les rues. Et c’est tant mieux. Un monde rempli de leaders, «visionnaires» de surcroît, serait invivable. Les individus qui prétendent le plus être «visionnaires» le sont souvent le moins ou le sont de façon inadaptée, voire délirante ou pour se conformer en apparence à une nouvelle mode. Rien n’est parfait.

Pour que la méthode des cas donne les résultats escomptés, il est nécessaire que le professeur qui veut l’utiliser y croie vraiment, c’est-à-dire qu’il soit prêt à faire ce qu’il faut pour que les conditions suffisantes soient remplies. Mettre l’apprenant au cœur de sa démarche d’apprentissage, lui fournir un matériel empirique riche, des textes et des documents d’accompagnement qui lui permettent d’avoir accès rapidement aux informations et aux connaissances utiles préalables ou sous-jacentes à cet apprentissage, créer un climat d’apprentissage qui donne envie de s’y abandonner en toute confiance, en ayant l’assurance que le temps pris n’est pas du temps perdu, mais qu’il s’agit d’une démarche d’apprentissage inductive, qui est longue et lente, certes, mais qui donne des résultats.

Il y a une intelligence compréhensive, cette partie de l’intelligence naturelle qui est à la base du jugement de gestion, que l’intelligence artificielle ne pourra jamais remplacer et que la méthode des cas permet de découvrir, de développer et de nourrir.



[1] Une version différente et beaucoup plus brève a été pubiée sous le titre : The Case for Non-Teaching”, in Klein (ed.), Interactive Teaching and Learning Across Disciplines and Cultures, WACRA, Boston, 2001, 153-157.

[2] Cet article a été publié dans Gestion, revue internationale de gestion, vol. 31, printemps 2006, n° 1, p. 10-13.

[3] L’auteur remercie Bernard Chassé, Ph. D., chercheur et post-doctorant à la Chaire de leadership Pierre-Péladeau, pour sa contribution et ses suggestions.

[4] Voir « Gérer, c’est créer », texte publié dans Gestion, revue internationale de gestion, vol. 30, printemps 2005, n° 1, p. 10-15 et en une série de courts articles dans Les Affaires, « On gère comme on est », samedi 29 janvier 2005, Cahier spécial, p. 4, La Presse, « Le temps d’un nouveau refus global », La Presse Affaires, lundi 28 février 2005, p. 5, « L’expertise ne remplace pas l’expérience », La Presse Affaires, lundi 7 mars 2005, p. 5 et « Enseigner sans avoir pratiqué », La Presse Affaires, lundi 14 mars 2005, p. 5.

[5] Les cas auxquels je fais allusion ne sont pas du type «prise de décision» qui peuvent être pertinentes en gestion. Il s’agit plutôt de descriptions «étoffées» (thick descriptions – Clifford Geets) de personnes en position de leadership.

[6] J’ai produit quelques centaines d’histoires de cas qui sont utilisées dans divers programmes pour former au leadership. Cette liste de cas est accessible sur ma page personnelle : http://www.hec.ca/pages/laurent.lapierre/ Tous ces cas sont déposés au Centre de cas et la plupart sont directement accessibles en ligne à l’adresse suivante : http://www.hec.ca/centredecas/ Il suffit de s’inscrire à l’adresse du catalogue (chacun se donne un mot de passe) pour pouvoir télécharger gratuitement les cas : http://www.hec.ca/centredecas/catalogue/

[7] Voir la note 5.

[8] «Le hasard est le fidèle pourvoyeur de ceux et celles qui sont attentifs à ce qui arrive.», aphorisme souvent utilisé par Pierre Laurin, ex-directeur de HEC Montréal, dans le cadre de ses cours de leadership au MBA)

[9] «La fin couronne l’œuvre», disaient les Latins. Finis coronat opum.

[10] «Apprendre peut devenir très amusant» – C. Rolland Christensen et la méthode des cas», Centre de cas, HEC Montréal, 9 99 1995 001, 21 pages, version anglaise : «Learning Can be Fun. C. Rolland Christensen and The Case Method» in Klein (éd.) Interactive Teaching & Emerging Technologies, WACRA,
Boston, 1996, p. 219-231.

janvier 13, 2007

Pensée du jour – Louis Pasteur

Filed under: Journal de bord,Projet,Réflexions — Michel @ 9:28

Permettez-moi de vous révéler le secret qui m’a permis d’atteindre mon but.

Ma force réside uniquement dans ma ténacité.

janvier 12, 2007

Pensée du jour – Hervé Desbois

Filed under: Journal de bord,Projet,Réflexions — Michel @ 9:24

On est aussi grand que ses rêves.

janvier 11, 2007

Pensée du jour – R. Crevel

Filed under: Journal de bord,Projet,Réflexions — Michel @ 9:23

Il faut beaucoup de naïveté pour faire de grandes choses.

janvier 10, 2007

Pensée du jour – Ed Arial

Filed under: Journal de bord,Projet,Réflexions — Michel @ 9:20

J’ai le profond sentiment d’être venu ici pour aimer et apprendre. Voilà l’essence de ma mission. Je sais que je peux accomplir cette mission fondamentale de bien des façons.

janvier 9, 2007

Pensée du jour – David Baird

Filed under: Journal de bord,Projet,Réflexions — Michel @ 9:15

Apprenez à aimer ce que vous faites, ou alors, cessez de le faire.

janvier 8, 2007

Pensée du jour – Kurt Lewin

Filed under: Journal de bord,Projet — Michel @ 9:11

D’habitude, une personne qui réussit une tâche fixe son prochain objectif un peu plus haut que sa dernière réalisation, mais pas trop. De cette façon, elle augmente constamment son niveau d’inspiration.

janvier 7, 2007

Gérer, c’est créer – À lire surtout la section « On gère comme on est »

Gérer, c’est créer

Par Laurent Lapierre, professeur titulaire

Chaire de leadership Pierre-Péladeau, HEC Montréal

http://www.hec.ca/pages/laurent.lapierre/

Depuis une vingtaine d’années, les principes et le vocabulaire de la gestion ont envahi toutes les sphères de l’activité humaine. Voilà maintenant qu’il faut gérer sa vie, ses relations amoureuses et même ses émotions ! La gestion a acquis un tel statut que nombre d’individus sont imprégnés des théories et modèles à la mode, sans même qu’ils en aient réellement conscience. On se relaie à qui mieux mieux les formules lapidaires, pour jurer que le client est roi, que le profit est le seul objectif possible, qu’il faut croître ou mourir, que la concurrence doit nécessairement être mondiale, ou encore, qu’on ne peut améliorer que ce qu’on peut mesurer. Chaque jour, les gestionnaires sont particulièrement bombardés de « messages » qui finissent par façonner leur approche et dicter leurs faits et gestes. Même sans avoir suivi de programmes spécifiques de formation, leur pratique est modelée, préfabriquée voire conditionnée par l’air du temps.

Ce texte est une prise de position collective signée par des gens d’horizons divers : hauts dirigeants, doyens, professeurs, chercheurs, artistes, étudiants. Il sera question ici de la conduite générale d’une organisation, quelle qu’elle soit, de la direction des personnes et de la formation des gestionnaires.  Nous nous adressons à tous ceux et celles qui vivent dans une organisation, et particulièrement aux nouveaux experts apparus depuis cinquante ans.

Omniprésence de la gestion

Les études et la théorisation en gestion ne manquent pas. Les mots pour parler de la gestion ont envahi notre vocabulaire. Les secteurs public et parapublic, les armées, les loisirs, les arts et, bien sûr, les affaires sont examinés à travers la loupe de principes, de théories et de modèles. En quelques décennies, la gestion est devenue une nouvelle référence universelle, à telle enseigne que tous les secteurs de l’activité humaine sont jaugés à son aune. On nous invite à regarder nos collègues de travail, nos patrons et même notre famille, comme autant de « clients », de « partenaires » à satisfaire. Tout est devenu prétexte à manifester son leadership, à prendre avantage de son esprit de concurrence ou son sens de l’entrepreneurship.

Les concepts pleuvent et prennent l’apparence de formules chocs, que l’on récupère et applique à n’importe quelle situation. Quelques exemples, parmi de nombreux autres possibles : compétitivité, réingénierie, modernisation, optimisation, juste-à-temps, libre-échange, impartition, mondialisation, qualité de vie au travail, qualité totale, rationalisation, conformité ISO, excellence, stratégie, leadership, chaîne de valeurs, valeur ajoutée, performance, imputabilité, partenariat public-privé, organisation apprenante, culture d’entreprise, profils de compétences, coaching, intelligence émotionnelle, mentorat, gouvernance, convergence, etc.. Toutes ces notions se succèdent ou se chevauchent au rang des nouveaux credo, parfois peu documentés, le plus souvent mal approfondis, et pourtant avalisés par des experts de toutes sortes.

Ces formules chocs, qui tendent à la généralisation et à l’universalisation, séduisent. La vérité, c’est qu’elles passent et sont vite remplacées par d’autres, au profit d’une industrie de la nouveauté, du changement et du progrès. Cela est tout particulièrement vrai dans le domaine du leadership, très à la mode par les temps qui courent.

Si ces credo ont la vie courte, les croyances qui leur donnent naissance, elles, ont la vie dure. À vrai dire, ce qui se passe en gestion est révélateur d’un phénomène de société beaucoup plus large. Les nouvelles rectitudes managériales ne naissent pas par hasard. Elles attirent l’attention et peuvent avoir du bon, mais elles peuvent aussi brimer davantage les possibilités d’expression, de création et d’action en ne reconnaissant pas les particularités qui commanderaient des solutions réellement nouvelles ou innovatrices.

Urgence d’un nouveau Refus global

Au Québec, la religion constituait autrefois un point de référence quasi absolu. Nombre d’intellectuels la ressentaient comme un envahissement qui brimait la pensée, la liberté et la création. Les croyances, les interdits, les tabous et les peurs constituaient des barrières puissantes. L’autorité de l’Église fondait le pouvoir des élites religieuses, lesquelles entretenaient avec les élites civiles des liens étroits. En 1948, un groupe d’artistes signait le Refus global, un manifeste rédigé par le peintre Paul-Émile Borduas. Ce texte était annonciateur de la Révolution tranquille qui allait venir dans les années 1960. On y préconisait l’affranchissement du catholicisme, des orthodoxies, des peurs et des intentions dictées par la raison religieuse. Il ne s’agissait pas de réformes mineures !

En gestion, on est arrivé à la nécessité d’un nouveau « refus », qui pourrait s’énoncer comme le Refus des théories, des modèles et des modes. Ce refus s’impose pour contrer les idées reçues, les dogmes et les modes dont il faut s’affranchir comme des nouveaux catéchismes et autres doctrines qui prétendent détenir la nouvelle rectitude sur l’action et la direction. Encore une fois, il faut briser les carcans et faire place à l’originalité et à la création.

Gérer est difficile. Il n’est donc pas étonnant que bien des praticiens soient séduits par des modèles qui semblent donner des résultats comme par magie, et que des consultants et autres commis voyageurs de recettes, y trouvent des occasions d’affaires.

Contrairement aux mathématiques et aux sciences biologiques ou de la nature, il n’y a pas en gestion de connaissances scientifiques que l’on pourrait qualifier d’universelles, ou de connaissances généralisées applicables à toutes les situations. Les connaissances sont et doivent être «contextualisées». Elles s’appliquent rarement d’une réalité à l’autre, ou simplement d’une organisation à une autre.

Il n’y a donc pas de façon unique de gérer, comme il n’y a pas de modèle infaillible d’organisation ou de direction. En paraphrasant Borduas : « Au diable les théories en gestion », pourrait-on lancer aux nouveaux experts en gestion que l’on trouve dans bon nombre d’écoles d’administration. Cet affranchissement devrait s’appliquer aussi bien aux théories normatives qu’aux théories savantes, élaborées en suivant un processus de recherche qui, bien que techniquement rigoureux, ne peut tenir compte entièrement de la complexité et de l’organicité de la gestion, et encore moins du mystère des comportements humains et de la réalité organisationnelle elle-même.

Les modèles, les modes et les théories, même lorsqu’ils sont utiles, restent réductionnistes par rapport à la réalité. Dans les faits, chacun, y compris le gestionnaire, s’informe, a sa propre compréhension du contexte, construit ses théories, ses propres lignes de conduite, qu’elles soient implicites ou explicites, qui conviennent à la situation qui est la sienne et qu’il tente d’appréhender et de comprendre pour mieux agir. Et cela, sans s’empêcher de se nourrir des idées des autres.

La gestion est un phénomène que l’on doit étudier, avec le plus de rigueur possible, en se donnant le type de «science» qui convienne à la complexité de cette réalité.

La formation en gestion

La profession de gestionnaire demeure l’une des rares que l’on peut enseigner sans jamais l’avoir soi-même pratiquée. Que penseraient, respectivement, les chirurgiens, les dentistes, les infirmières, les avocats, les chanteurs ou les écrivains, de quelqu’un qui viendrait leur enseigner leur profession et qui n’aurait jamais effectué une chirurgie, jamais fait l’extraction d’une dent, jamais prodigué de soins à des malades, jamais plaidé, jamais chanté sur une scène ou jamais publié ? Quelle valeur accorderaient-ils à un conférencier qui viendrait les entretenir de leur profession ou viendrait prétendre la leur enseigner ? Pourtant, cette situation se présente régulièrement dans les écoles de gestion.

Aborder ce thème de la formation en gestion, c’est inévitablement se poser la question fondamentale suivante : qu’est-ce que gérer ? Quelle place l’idée même de «gestion professionnelle» a-t-elle prise dans nos sociétés au cours des dernières décennies? Dans tous les domaines de l’art et de l’action, la création, entendue au sens large, est indissociable de l’action. C’est dans l’action que s’expriment la vision personnelle et la compréhension de la réalité. C’est souvent par la suite seulement, dans l’après-coup, que cette création peut se voir enrichie par ceux et celles qui en font l’étude et se consacrent à son enseignement. Non l’inverse.

Les écoles de gestion ont constitué de nouveaux domaines de recherche et d’enseignement universitaire. Elles se sont donné des chercheurs formés aux méthodes scientifiques et ont gagné en crédibilité dans les milieux savants. Mais à quel prix ? C’est l’objet même de leurs études qui leur échappe, qui a été occulté et qu’on ne réussit plus à saisir, même et surtout parce qu’il n’existe pas de réponses simples et faciles, encore moins universelles.

Le défi des écoles de gestion est de présenter aux (futurs) gestionnaires des connaissances susceptibles de guider leurs gestes lorsque viendra le temps d’agir, de leur apprendre à agir, de les initier aux complexités de la gestion en réconciliant connaissances, intentions et actions.

On gère comme on est

Peu importe les domaines où elle s’exerce, la gestion est une affaire d’êtres humains, avec leurs connaissances et leurs manque d’informations, avec leurs qualités mais aussi avec leurs défauts, leurs dons aussi bien que leurs lacunes, leurs forces aussi bien que leurs faiblesses, leurs habiletés comme leurs maladresses. Le talent est un amalgame de toutes ces composantes. Il ne s’agit pas d’ignorance, de défauts, de manques, de faiblesses ou de maladresses que l’on évoquerait avec complaisance ou qui serviraient à justifier l’impuissance ou l’échec comme c’est souvent le cas. Nous apprenons chaque jour à composer avec les aspects moins aimables mais bien réels de nous-mêmes que nous apprivoisons afin de ne pas en être victimes, et que nous parvenons même à mettre à profit pour réussir.

Gérer comme on est, c’est mieux se connaître, c’est développer une perception juste et réaliste de soi et des autres.

Gérer comme on est, c’est faire le deuil du dirigeant idéal qu’on croit ou voudrait être, le deuil de modèles et de recettes que l’on pourrait appliquer partout et en tout temps, sans égard aux différences de situations et aux spécificités des personnes.

Gérer comme on est, c’est accepter de ne pas tout savoir. C’est rechercher autour de soi des gens compétents là où l’on se sent moins efficace et s’entourer de collaborateurs qualifiés dont on accueille les suggestions et sollicite les critiques.

Gérer comme on est, c’est accepter d’être soi-même face aux autres, savoir que l’on peut déplaire à certains et même être la cible de leur agressivité, sans pour autant s’effondrer.

Gérer comme on est, c’est se donner le droit de penser différemment, c’est reconnaître le devoir de consulter, d’écouter et d’admettre ses erreurs, d’en apprendre quelque chose, de recommencer et de continuer.

Gérer comme on est, c’est gérer des êtres humains imparfaits, comme on l’est soi-même.

Gérer comme on est, c’est aussi gérer avec d’autres personnes. La gestion est évidemment une profession éminemment sociale. Plus le dirigeant est lui-même, plus il se connaît, plus il acceptera que les autres restent eux-mêmes tout en étant orientés sur une tâche à accomplir ou un service à fournir.

Gérer comme on est, c’est faire preuve d’autonomie, d’ouverture d’esprit sur ses propres principes et ceux des autres, sur ses croyances et celles des autres, c’est trouver sa pensée propre, son unicité comme dirigeant et donc, gérer comme personne d’autre.

Pour être de véritables créateurs et leaders d’opinion, les dirigeants doivent donc s’affranchir des modèles qui ne correspondent pas à leur réalité et oser laisser libre cours à leur imagination, à leur intelligence et à leur jugement éclairé.

Une méthode

Vouloir importer le modèle des sciences exactes pour étudier et comprendre l’action humaine est une erreur grave, souvent répétée en «sciences humaines». L’humain que l’on étudie est un être vivant, pensant, changeant et agissant. Il cherche avec le chercheur. Il change au fur et à mesure qu’on l’étudie. Le subjectif et l’inter-subjectif fait partie intégrante du «réel et de l’objectif» en ce qui concerne les personnes. Pour bien comprendre, lorsqu’il s’agit de la gestion des organisations et de la direction des personnes, le projet scientifique devrait d’abord s’en tenir à décrire cette réalité, le plus humblement, le plus fidèlement et le plus complètement possible, telle qu’elle se donne à un moment donné.

La gestion est une question de contexte et d’historicité, nous l’avons dit. Ce sont bien davantage les leaders et les organisations qui font l’histoire que les théoriciens qui les observent et en commentent les comportements et les résultats. Pour assumer une direction, il est indispensable de comprendre la complexité des personnes et des organisations. C’est lorsqu’on appréhende un peu mieux cette complexité qu’on arrive à pouvoir simplifier, à revenir à l’essentiel et à garder le cap au quotidien et dans le feu de l’action. La gestion est une pratique qui se connaît et s’apprend en grande partie par l’expérience, celle des autres d’abord, la sienne ensuite. Il s’agit d’une action que l’on enrichit d’une réflexion, ce qui permet, dans l’action et la réflexion, de se construire une pratique toute personnelle. L’expertise ne remplace pas l’expérience.

On conçoit à tort que le même modèle de développement ou les mêmes processus de gestion peuvent invariablement convenir non seulement à toutes les entreprises nord-américaines, mais aussi à celles des républiques de l’ex-URSS, de l’Europe, des pays d’Afrique ou d’Amérique latine, d’Haïti, etc. Les cultures nationales ou organisationnelles, les personnes, les conditions de vie sont-elles les mêmes partout ? Ce qui était vrai il y a dix ans pour une organisation ou un pays, l’est-il encore aujourd’hui et le sera-t-il encore dans dix ans ? Bien sûr que non.

Dans le domaine de la recherche en gestion, la méthode des cas constitue une approche empirique directe qui sert de base à la production de documents et à l’accroissement des connaissances. Ce sont ces documents qui servent ensuite de soutien aux apprentissages de pratiques et d’habiletés. Cette méthode est basée sur l’ouverture et la réceptivité au contact direct des personnes et de l’expérience concrète. La prépondérance est accordée à la pratique elle-même, à l’étude rigoureuse du phénomène, où l’on examine, cas par cas, l’intelligence de l’action de ceux et celles qui y réussissent (ou qui échouent), en se faisant un devoir d’analyser ce qui se passe en réalité, dans la vraie vie, et d’en tirer des orientations, des positions personnelles et des synthèses nouvelles qui peuvent être mises à profit dans ses propres pratiques.

Dans la formation en gestion, le compagnonnage de type maître-apprenti, les stages auprès de grands maîtres et les classes de maîtres sont à privilégier. La méthode des cas se veut une sorte de substitut de la réalité d’une relation maître-apprenti. On songe d’abord à une méthode des cas : le cas qui amène l’apprenant dans la position du décideur, et à réfléchir à la situation au-delà des solutions toutes faites. On veut surtout parler d’une méthode des cas par laquelle on mise sur des récits de pratiques, en vue de produire une description en profondeur et documentée, un récit qui soit le plus fidèle possible aux réalités qu’on veut connaître et qui feront l’objet d’apprentissages. Dans tous les cas, il s’agit d’une méthode d’apprentissage inductive où la personne qui apprend tient le rôle principal.

L’art d’être professeur en gestion

Nos premiers apprentissages ont une influence indéniable sur nos façons d’enseigner. Un musicien ou un interprète a obligatoirement appris d’un maître. Il pourra donc beaucoup plus facilement qu’un dirigeant, à qui on n’aurait transmis que des connaissances abstraites, favoriser un type donné de formation et d’apprentissage. Si nous avons la chance d’être dans une relation de type mentor ou d’être en contact avec des maîtres dirigeants, nous apprenons, par effet d’osmose, sur l’apprentissage lui-même, façonnant nous-mêmes notre propre talent.

Nous pourrions alors penser que seuls les grands dirigeants sont de bons candidats pour devenir professeurs de gestion. Or l’expérience nous montre que peu d’entre eux possèdent la capacité ou le goût de devenir chercheurs ou formateurs dans leur domaine. Être pédagogue demande des qualités particulières, un long travail de préparation et un recyclage continu. Si on gère comme on est, dans le domaine de la formation en gestion, on enseigne aussi comme on est, avec toutes les exigences et les lacunes que cela comporte.

En fait, très peu de hauts dirigeants deviennent de bons professeurs, encore plus s’ils croient que l’enseignement se limite à raconter leur expérience. Ils risquent de n’en avoir que pour quelques heures ! Former à la direction ne consiste pas – surtout pas – à faire des clones de ce qu’on a été. On ne naît pas bon professeur de gestion.

Même si cela donne une longueur d’avance, comme tous les talents, le talent de maître de gestion est quelque chose qui se développe et s’acquiert en très grande partie. L’inné n’en constitue qu’une base. Comme pour tout métier ou profession, certaines personnes ont un potentiel plus marqué que d’autres, ce qui rend la sélection plus cruciale encore.

Devenir professeur suppose de la part du haut dirigeant qu’il se recycle vraiment, qu’il se documente sur les multiples façons d’exercer la gestion et qu’il se prépare à être un véritable maître, un passeur, une personne capable d’aider une autre à cheminer par elle-même, c’est-à-dire de faire émerger son talent propre. Il le fait souvent avec des plus jeunes et plus brillants que lui. De la même façon que des parents qui ne souffrent pas d’envie sont comblés de voir leurs enfants non seulement faire différemment et mieux qu’eux, mais aussi les dépasser. Quelle fierté pour un professeur de voir les jeunes faire mieux que les générations qui les ont précédés !

Le maître aussi enseigne avec ses connaissances, certes, mais aussi avec ses qualités et ses défauts, ses forces et ses faiblesses. Ce qu’il est et ce qu’il fait est plus important que ce qu’il dit. Lorsque nous croyons vraiment à la puissance et à la richesse d’une approche pédagogique inductive, même si nous en connaissons les limites, nous savons faire confiance à l’intelligence de la personne qui apprend, non seulement dans un apprentissage spécifique, mais aussi dans l’apprentissage de l’apprentissage. Le but, c’est de rendre autonome la personne qui veut apprendre et affiner son jugement.

On peut être bon pédagogue sans avoir jamais auparavant exercé le métier de gestionnaire ! Toutefois, le professeur qui ne possède pas lui-même une expérience de gestion et ne la connaît pas par la pratique doit avoir l’humilité et la sagesse de faire encore plus appel à l’expérience de personnes qui l’ont vécue, qui en ont l’intelligence et y connaissent du succès. Il doit également accepter d’apprendre de ses étudiants qui peuvent avoir une riche expérience de gestion, et avoir recours à des approches pédagogiques, telles que la méthode des cas, qui lui permettent de pallier son manque d’expérience et de réfléchir avec ses étudiants sur la pratique des autres.

Enseigner la gestion est profondément insécurisant car il faut résister au besoin naturel et légitime du professeur d’enseigner. Surtout résister à la propension à professer qui a été intériorisée tout au long de l’éducation que nous avons traditionnellement reçue. Former de cette façon, c’est renoncer à vouloir impressionner comme professeur.

Repenser la formation en gestion

Les chiffres, les statistiques, l’usage du langage mathématique et des méthodes quantitatives sont nécessaires et indispensables à la bonne gestion et à la conception de solutions efficaces. Ces aspects sont des plus importants et constituent plus facilement des objets de formation. Mais il sera toujours nécessaire de revenir à l’essence de la gestion : une praxis, c’est-à-dire une philosophie de l’action et de la création incarnées dans le bon sens. Là réside l’aspect le plus déterminant du fait de gérer : fixer un but et des objectifs, développer, et, en s’en remettant à son jugement, assumer la direction de personnes.

D’ailleurs, il est important de rappeler qu’une organisation peut avoir un bon produit ou offrir un service de qualité tout en ayant une gestion artisanale ou qui sorte des normes reconnues, des canons de la rectitude, des processus normatifs et des théories populaires. La gestion peut paraître déficiente (aux yeux des experts), et, malgré cela, l’organisation connaître beaucoup de succès. De même, un dirigeant peut n’avoir aucune formation universitaire en gestion et exceller dans la conduite d’une organisation. À l’inverse, on peut difficilement affirmer que l’usage d’un processus de gestion à la mode ou reconnu, ou que le fait d’être détenteur d’un diplôme octroyé par une école de gestion prestigieuse, soient garants de succès…

Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille remettre en question l’existence des écoles de gestion. Au contraire, lorsqu’elle est en contact avec les milieux d’affaires, avec le monde de l’action, dans tous les domaines, l’école de gestion peut permettre à ceux qui la fréquentent de documenter des pratiques, de se constituer un réseau de connaissances, de gagner du temps, de nourrir son esprit critique, de former ou d’affiner son jugement, d’apprendre à convaincre et de découvrir son talent propre. Il appartient aux universitaires eux-mêmes (directeurs d’école de gestion, professeurs, chercheurs) de rester vigilants et d’éviter les dérapages qui viendraient rompre ces contacts nécessaires. Ils ont la responsabilité de protéger la raison d’être première de leur institution.

Le message actuellement transmis, directement ou indirectement, aux jeunes professeurs formés dans les programmes de doctorat en gestion est de produire un type de recherche s’adressant à d’autres collègues professeurs. Pour avancer en carrière, ils doivent publier dans des revues savantes, lesquelles sont cotées en fonction du nombre de fois que les articles qui y sont publiés font l’objet de citations par d’autres chercheurs. Les accréditations internationales que recherchent les écoles de gestion poussent encore plus vers une normalisation de la recherche et des programmes de formation.

À force de vivre dans sa tour d’ivoire, de ne communiquer qu’avec ses semblables, le professeur-chercheur peut en arriver à ne plus tenir compte de ce que font les personnes qui dirigent vraiment des organisations, dans la vraie vie, à les regarder de haut avec ses modèles théoriques ou normatifs, pis encore, à les mépriser. Il ne faudra donc pas s’étonner alors de voir les écoles de gestion se couper du monde de l’action et se diriger droit vers une crise de légitimité.

Refus des modes en gestion

La gestion, comme l’éducation et la création, n’est pas toujours exaltante. Elle contient inévitablement des aspects mécaniques, répétitifs, techniques, voire routiniers et monotones. Mais dans sa composante la plus cruciale, la gestion est nécessairement création. Elle repose sur l’imagination, l’intelligence de ce qui doit être fait pour produire des résultats en équipe.

Les entreprises qui tentent de changer de culture organisationnelle pour en «adopter» une plus à la mode, calquée ou fabriquée à partir de modèles tout faits, ou de recettes à succès, même avec la meilleure bonne foi des directions de ressources humaines, risquent de ne connaître qu’un succès relatif et bref.

L’intelligence même de l’action demeure toujours et encore à découvrir, à décrire, à faire connaître, autant pour les praticiens et les apprentis gestionnaires que pour ceux et celles qui veulent la leur enseigner.

En gestion, il faut toujours être vigilants pour faire davantage de place au bon sens, au jugement et à la création ! Les théoriciens doivent rester à l’écoute et observer l’expérience pratique de la gestion s’ils veulent que leurs réflexions soient pertinentes et prises au sérieux. Les écoles de gestion doivent assumer dès maintenant un véritable rôle de leader en ce sens et former à la liberté de penser, de créer et de gérer.

Montréal, février 2005.Des pages annexées comprennent la liste des signataires.

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